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Agen, LE REGARD DE ... MARCELLIN BERTHELOT


(Aginnum, Agennum, Gennum). Ville de France, ch.-l. du dép. de Lot-et-Garonne, sur la Garonne; 20,055 hab. HISTOIRE. - Le plateau de l'Ermitage, dont les pentes fort raides sont couronnées par une barrière de rochers, domine Agen, du côté N., d'une hauteur de plus de 100 mètres. -On y-a trouvé des haches en pierre polie et l'on peut voir, au point culminant, des restes de fortifications en terre. Cette station primitive n'était pas abandonnée au temps de la conquête romaine. Quinze puits funéraires ont été récemment fouillés; l'un d'eux a fourni un casque gaulois en fer, conservé au musée d'Agen. Sur une large circonférence, autour de deux fours à poterie antiques, le sol est jonché de débris d'amphores. Dans la vallée de la Garonne, le premier point occupé fut, sans doute, le quartier dit du Château, à l'ancien confluent de la Masse, petit ruisseau, facilement endigué, mais qui formait autrefois des marais. Des levées de terre et une coupure assez sensible en amont délimitent cet ancien refuge, au N.-O. de la ville actuelle. Ces premières limites fort étroites devaient être déjà franchies lorsque Agen devint la capitale des Nitiobroges (V. AGENAIS). - Sous l'occupation romaine, le coteau de l'Ermitage fut peu à peu déserté au profit de la ville basse, qui acquit une grande importance. Elle s'étendit dans une vallée submersible, particulièrement vers le S., en longeant les rives du fleuve. Dans les quartiers du Séminaire, de la Plateforme, de Sembel, de Malconte, des substructions antiques ont été reconnues sur de vastes surfaces. Une inscription, trouvée dans le quartier du Château, atteste l'existence d'un temple de Jupiter, desservi par un collège. Divers édifices, offrant des assises sur plan circulaire d'un grand diamètre, ont passé aux yeux des antiquaires pour les ruines d'un amphithéâtre. En 1882 et 1883, les fouilles exécutées pour construire un marché couvert ont fait retrouver les débris d'un riche édifice, des chapiteaux en marbre de style corinthien dégénéré, une mosaïque, une statue d'empereur en marbre. Des ruines si nombreuses, dont aucune ne dépasse actuellement le niveau du sol, n'en attestent pas moins l'importance d'Agen à l'époque romaine. D'après la notice de l'empire, cette ville avait le second rang dans la seconde Aquitaine. - Les questions qui se rattachent à la conversion des Agenais au catholicisme ont donné lieu depuis quatre siècles à d'innombrables discussions : ainsi de l'apostolat de saint Martial, des prédications de saint Firmin et surtout de l'épiscopat de saint Caprais. Ce dernier parait avoir été martyrisé à Agen, en même temps que sainte Foy, vers la fin du IVe siècle. Au témoignage de Grégoire de Tours, une basilique dédiée à saint Gaprais existait à Agen au VIe siècle. Le culte de sainte Foy se répandit au loin et fut très populaire durant le moyen âge. - (Sur les révolutions politiques que subit la ville d'Agen, du V e siècle au XVIe. Siècle, V. AGECAIS). - C'est seulement à partir de la fin du XIIe siècle que les annales d'Agen peuvent être reconstituées d'une façon continue. Durant le XIII e siècle, le quartier sud d'Agen n'avait pas encore été relevé de ses ruines depuis les invasions des Sarrasins et des Normands (732 et 848). La cité était réduite au vieux quartier du Château et les limites de son enceinte murée ne semblent pas avoir dépassé la rue de Garonne. En dehors de ses remparts, s'élevaient, à l'E.: le château des Templiers fondé au mie siècle; le château de l'évêque, proche la cathédrale Saint-Étienne, sur l'emplacement du marché couvert ; le château de Monrevel, sur l'emplacement de la mairie. Un faubourg s'étendait aussi à l'E., autour de l'église de Notre-Dame du Bourg. - Les comtes de Toulouse, les rois de France et d'Angleterre ont doté successivement la ville d'Agen, depuis l'année 1221 jusqu'à l'année 1370, de privilèges considérables ; tout nouvel occupant semblait renchérir sur ses prédécesseurs pour mieux assurer la fidélité d'une ville frontière. Les coutumes d'Agen, citées et probablement libellées dès le XIIe siècle, furent régulièrement confirmées par tous les seigneurs de l'Agenais au XVIe. Elles accordaient, entre autres franchises, aux habitants d'Agen le droit de fonder des bastides. Ainsi, tandis que les souverains s'étaient engagés à ne pas bâtir 'de château dans la cité d'Agen, les bourgeois pouvaient créer des places fortes dans la juridiction. Privilège fatal ; car, à la faveur des guerres entre la France et l'Angleterre, les Durfort et les Dufossat se déclarèrent indépendants après avoir élevé sur le territoire d'Agen les châteaux-forts de Madaillan et de Bajamont. Une première usurpation avait eu lieu lors de la fondation de la bastide de Penchaville ou la Cene (Sembas). Ainsi, au XIV e siècle, la juridiction d'Agen fut réduite à peu près aux limites du canton actuel. Elle ne comprenait sur la rive gauche que deux paroisses, Dolmayrac et Monbuscq. Jusqu'à la fin du XVIe siècle, la ville d'Agen eut à souffrir du voisinage des seigneurs de Madaillan et de Bajamont. - Telle qu'elle parait constituée dès le XIIIe siècle, la commune d'Agen est indépendante de l'évêque, bien que celui-ci fût seigneur en paréage avec le roi. Ces droits, de même que son titre de comte d'Agen, tendaient à devenir purement honorifiques. Les consuls, les jurats, les prud'hommes ont plein pouvoir de faire des lois, de modifier la coutume; ils exercent en partie la justice ; ils passent des traités d'alliance offensive et défensive avec les villes voisines. - Les poursuites et les guerres contre les manichéens et les albigeois désolèrent l'Agenais au commencement du XIIIe siècle, mais la ville d'Agen, qui vit passer tour à tour les armées des deux partis, parait avoir moins souffert que les villes franchement déclarées, telles que Penne, Marmande, Casseneuil, Gontaud. Arnaud de Rovinhan, évêque d'Agen, fut un des auxiliaires les plus militants de Simon de Montfort. A la suite de la guerre, l'inquisition fut établie à Agen. Les confiscations de biens exercées sur les hérétiques amenèrent de grands bouleversements. A partir de cette époque jusqu'à la fin des guerres contre les Anglais, qui mirent la division dans tout le pays, les limites des juridictions, la situation respective des villes libres, comme Agen, et des familles féodales furent sans cesse modifiées. On trouvera à l'art. Agenais les indications de dates des occupations successives de la ville d'Agen par les partis des comtes de Toulouse, des rois de France et des rois d'Angleterre. Il suffira de citer quelques épisodes de ces luttes incessantes. Le comte de Valois s'empara d'Agen en 1324, après que la guerre eût été de nouveau déclarée entre la France et l'Angleterre, à la suite du pillage de la bastide agenaise de Saint-Sardos. En 1340, 1345 et 1346, les forces dont le parti français disposait en Guyenne furent concentrées à Agen. A cette époque se rattache le siège d'Aiguillon, an sujet duquel un livre des jurades d'Agen contient de nombreux renseignements. Ces textes prouvent que les Agenais possédaient alors une nombreuse artillerie. Cédée à l'Angleterre par le traité de Brétigny (1360), la ville d'Agen fut deux fois prise et reprise après la rupture du traité. En 1372, le duc d'Anjou y établit son quartier général. Perdue l'année suivante, elle fut reprise encore par le duc, appuyé des bandes de Duguesclin (1374). Durant tout le cours du moyen âge, la ville d'Agen ne parait pas avoir opposé une vive résistance aux invasions, ni soutenu de longs sièges. Impuissants à se défendre, les Agenais l'étaient encore plus pour prendre l'offensive, et les châteaux voisins de Madaillan et de Bajamont, trois ou quatre fois assiégés durant la guerre de Cent ans, suffisaient à l'inquiéter. Le passage à Agen des routiers, en 1437, de Rodrigue de Villandrando, en 1439, de Charles VII, en 1442, sont des épisodes à signaler. En l'année 1463, la peste fit de grands ravages à Agen. - En 1481 et 1514 eurent lieu des séditions populaires. On se plaignait de voir les artisans, les laboureurs et les petits marchands exclus des charges consulaires. Ces émeutes furent réprimées et la constitution du corps de ville resta aristocratique jusqu'aux temps modernes. On peut citer des exemples d'assemblées populaires au moyen âge, de conseils de guerre, au XVIe siècle, d'assemblées des trois ordres, au XVIIe, dans lesquels on délibérait sur la politique et l'administration. C'étaient des exceptions : la ville d'Agen fut presque constamment gouvernée par des consuls annuels, qui nommaient leurs successeurs et qui étaient assistés par un corps de jurats. Le nombre des consuls a beaucoup varié, de 12 au XIVe siècle, à 8, à 4, à 6 au XVIe siècle.

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