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Dijon, LE REGARD DE ... MARCELLIN BERTHELOT


Ch.-l. du dép. de la Côte-d'Or, au confluent de l'Ouche et du Suzon, au pied des montagnes de la Côte-d'Or ; 60,855 hab. Stat. de la ligne ; deux gares, Dijon-ville et Dijon-porte-Neuve, reliées entre elles, desservent la ville. Siège d'un évêché, d'une cour d'appel et d'une académie. Fabriques de draps ; bonneterie, tannerie, vinaigreries, moutarde, pains d'épices, fonderie, etc. Commerce de grains, vins, laine, bois, bétail, etc. HISTOIRE. - Dijon était un bourg (nions) de la cité de Langres. L'un des plus anciens monuments qui témoignent de son existence est une inscription latine mentionnant des ouvriers en fer de Dijon et qu'on peut attribuer au IIe siècle ap. J.-C. L'empereur Aurélien fit entourer cette ville de murailles et la transforma ainsi en castruim. Saint Benigne passait, au VIe siècle, pour y avoir prêché le premier la foi chrétienne, mais l'époque de cette évangélisation est incertaine. De bonne heure, les évêques de Langres y établirent leur résidence. Vers 489, l'évêque Aprunculus était établi à Dijon. Saint Grégoire (506 environ à 539) y vécut aussi. Ces prélats ne se rendaient à Langres que pour célébrer les grandes fêtes. Grégoire dé Tours, arrière-petit-fils de saint Grégoire et originaire de Dijon par sa mère, y séjourna et nous a laisse de cette ville la description suivante (Hist. Franc., III, 19) : « Dijon est un château (castrum) bâti de murs très solides, au milieu d'une plaine très riante dont les terres sont fertiles et si fécondes qu'en même temps que la charrue sillonne les champs, on y jette la semence et qu'il en sort de très riches moissons. Au midi est la rivière d'Ouche, abondante en poissons; il vient du nord une autre petite rivière qui entre par une porte, passe sous un pont et entoure les remparts de son onde paisible. Elle fait, devant la porte, tourner plusieurs moulins avec une singulière rapidité. Dijon a quatre portes situées vers les quatre points du inonde. Toute cette bâtisse est ornée en totalité de trente-trois tours. Les murs sont, jusqu'à la hauteur de vingt pieds, construits en pierres carrées et ensuite en pierres plus petites. Ils ont en tout trente pieds de haut et quinze pals d'épaisseur, J'ignore pourquoi ce lieu n'a pas le nom de cité (civitas). Il y a dans son territoire des sources abondantes. Du côté de l'Occident sont des montagnes très fertiles couvertes de vignes et qui fournissent aux habitants un si noble falerne qu'ils dédaignent le vin de Chalon. Les anciens disent que ce château fut bâti par l'empereur Aurélien. » Au temps de Grégoire de Tours, il y avait quatre églises : Saint-Etienne, la basilique de Saint-Jean servant de baptistère, une autre basilique oit reposait sainte Paschasia et l'église Saint Bénigne construite par l'évêque Grégoire. Dijon, qui n'était tombée aux mains des Burgondes qu'a la fin du Ve siècle, passa dans celles des rois francs en 534 ; la cité de Langres, dans les limites de laquelle était compris le Dijonnais, fut attribuée à Théodebert. Dijon suivit toujours le sort de la Bourgogne dont elle devint la capitale au Xe siècle. Cette ville, saccagée en 737 par les Sarrasins, en 888 par les Normands, fut assiégée en 923 par le roi Raoul, fils du duc Richard (V. BOURGOGNE, t. VII, p. 774, col. 1). En 1015, le roi Robert vint mettre le siège devant Dijon. La prise de cette ville lui livra la Bourgogne. Robert donnais comté de Dijon et le duché de Bourgogne à on fils Henri (1017). Celui-ci, devenu roi, céda la Bourgogne à. son frère Robert (1032). En 1137, un incendie considérable détruisit la plus grande partie de Dijon. Le due Hugues commença aussitôt la construction d'une nouvelle enceinte, achevée seulement en 1359, et qui, beaucoup plus vaste que la première, engloba les abbayes et églises de Saint-Médard, Saint-Michel, Saint-Jean, Saint-Philibert, Saint Bénigne, Saint-Nicolas-, Saint-Pierre et Notre-Dame. En 1182, le duc Hugues III accorda aux habitants de Dijon une charte de commune sur le modèle de celle de Soissons, confirmée en 1183 par le roi Philippe-Auguste. La commune fut abolie peu après. Mais, dès 1187, le duc, ayant besoin d'argent, concéda une nouvelle charte aux Dijonnais, moyennant le payement annuel à lui et à ses successeurs d'une somme de 500 marcs d'argent. Ce rétablissement de la commune reçut l'approbation du roi. Dijon fut dès lors administre par un maire et douze jurés ; ceux-ci prirent plus tard le nom d'échevins et leur nombre fut porte à vingt. Un sceau de la commune de Dijon représente le maire à cheval, portant un faucon sur le poing, entoure des têtes des vingt échevins sous .une série d'arcades. En outre, il y avait des conseillers de ville et quatre prud'hommes, ceux-ci paraissent être un reste du régime antérieur à la constitution communale. Depuis 1284, le maire porta le titre de vicomte-maieur. En effet, dès 1276, le duc Robert II avait acheté de Guillaume de Pontarlier les droits qu'il exerçait à Dijon comme vicomte; il les céda ensuite, en 1282, à la commune qu'il déchargea du payement annuel de 500 marcs. La noblesse fut conférée aux maires et à. leur postérité par lettres patentes de 1491. La prévôté, qui avait fini par ne plus comprendre que la surveillance des poids et mesures, fut réunie à la vicomte en 1580, Les vicomtés ayant été réunies, par édit de 1749, aux bailliages et aux sénéchaussées, la vicomté de Dijon fut exceptée par lettres du chancelier Daguesseau du 9 janv. 1752. En 1389, le passage du roi Charles VI à Dijon fut l'occasion de fêtes splendides. Pour l'amour du roi, dit Froissart, était venue à Dijon grande foison de dames et de damoiselles que le roi véoit moult volontiers. Là était la dame de Sully, la dame de Vergy, celle de Pagny et moult d'autres dames belles et frisques et bien aornées ; et s'efforçaient de chanter, danser et fort réjouir le roi qui fut huit jours en esbattements. » L'histoire de Dijon n'offre rien de remarquable jusqu'à la réunion du duché de Bourgogne à la couronne par Louis XI, en 1477. Le 16 janv. 1477, 5,000 hommes de troupes royales arrivèrent sous les murs de Dijon, commandées par Georges de La Trémoille. Les Etats de la province, convoqués à Dijon, consentirent à la réunion du duché, à condition, que les privilèges de la ville de Dijon et de la province seraient confirmés. Louis XI entra dans la ville le 31 juil. 1479. Le roi Louis XII vint deux fois a. Dijon. Il fit achever le château commence sous Louis XI et ordonna la construction d'un palais pour le parlement. Vers ce temps-là, la peste sévit à plusieurs reprises. La guerre vint encore aggraver les malheurs publics. Après la bataille de Novare, perdue en 1513 par les Français en Italie, 40,000 Suisses, Allemands et Francs-Comtois envahirent la Bourgogne et vinrent assiéger Dijon ils parurent devant Dijon le 9 sept., commandes par Jacques de Watteville, avoyer de Berne, le comte de Furstenberg et le sire de Vergy. La Trémoille, gouverneur de Bourgogne, qui s'était enfermé dans la ville n'avait sa disposition que 6 à 7,000 hommes. Force lui fut d'entamer des négociations qui d'abord restèrent sans résultats. Les murailles étaient déjà couvertes de tous côtés et les ennemis se préparaient à un assaut général quand, le 12 sept., le clergé et les fidèles firent une procession sur les remparts de la ville, portant l'image de Notre-Dame. Les ennemis, frappés de la pompe du spectacle, devinrent plus traitables et acceptèrent les mêmes conditions qu'ils avaient déjà rejetées. La Trémoille signa le traité au nom du roi. Les Suisses se contentèrent de la remise du château de Milan, du comte d'Ars et de 400,000 écus d'argent sur lesquels ils exigèrent 25,000 livres avant de lever le siège. Ils se retirèrent le 13 sept. emmenant sept otages. Louis XII refusa de ratifier ce traité et les otages durent se racheter eux-mêmes. Pendant les guerres de religion, Dijon se déclara pour le parti catholique. Charles IX vint a Dijon le 22 mai 1564 pour y tenir un lit de justice et obtenir du parlement l'enregistrement des édits sur la liberté de conscience et spécialement de celui de janv. 1562. Dijon échappa aux massacres de la Saint-Barthélemy (1572), grâce au courage et à la sagesse de Pierre Jehannin, avocat de la ville, qui persuada à Philippe Chabot, comte de Charny, lieutenant général de la province, de surseoir à l'exécution des ordres du roi, lui montrant que de pareils ordres ne pouvaient manquer d'être bientôt contremandés. Dijon adhéra à la Ligue et en fut l'un des derniers boulevards. Ce fut seulement en 1595 que cette ville ouvrit ses portes à Biron, puis, peu après, le 5 juin, à Henri IV. Son successeur, Louis XIII, vint à Dijon en 1629. A peine était-il parti qu'éclata la sédition connue sous le nom de Lanturelu, provoquée par les vignerons qui croyaient que le roi voulait mettre des aides en Bourgogne. Lanturelu était le refrain d'une chanson populaire que les séditieux avaient pris pour cri de ralliement. Louis XIII vint Dijon pour faire justice des mutins, le 27 avr. Mais, à la suite d'un plaidoyer de l'avocat Charles Fevret, le roi abolit le crime de sédition ; il se contenta d'ordonner le changement de certains officiers, d'abaisser le nombre des échevins à six ; il interdit aux vignerons d'habiter dans l'enceinte et fit abattre la tour Saint-Nicolas. Louis XIV vint plusieurs fois à Dijon. Il y tint même un lit de justice au parlement pour l'enregistrement d'édits relatifs à de nouveaux impôts. En 1731 fut créé l'évêché de Dijon. L'époque la plus brillante de Dijon, depuis la réunion à la couronne, fut le XVIIIe siècle. La ville fut embellie, le palais des Etats reconstruit, des rues percées, une statue de Louis XIV érigée, le commerce développé, une bibliothèque et l'académie des sciences et belles-lettres fondées (1740), l'école de dessin établie (1765). Les salons littéraires de Dijon, dont les membres du parlement formaient le noyau, n'avaient pas moins de renommée que ceux de Paris. Dijon adopta avec enthousiasme Ies principes de la Révolution. La Terreur n'y fit que peu de victimes, grâce à la modération des hommes qui furent investis par leurs concitoyens des fonctions municipales. Il fallut l'arrivée à Dijon du représentant Bernard, surnommé Pioche-Fer, pour que quelques royalistes portassent la tète sur l'échafaud. Pendant la guerre franco-allemande, Dijon fut attaqué par les Allemands le 29 oct. 1870 ; le bombardement obligea la ville à capituler. Le 27 déc., à l'approche d'un corps de troupes françaises, les Allemands se retirèrent précipitamment, emmenant vingt otages qu'ils envoyèrent à Brème. Le général Cremer entra dans la ville que le général Garibaldi était chargé de couvrir. L'ennemi revint le 20 janv. en vue de Dijon. Une lutte s'engagea qui dura du 24 au 23 janv. le succès resta à Garibaldi; la brigade de Ricciotti s'empara d'un drapeau. Pendant l'armistice, la Bourgogne ne fut pas comprise dans la convention.

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