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La Rochelle, LE REGARD DE ... MARCELLIN BERTHELOT


HISTOIRE. - A l'origine, La Rochelle s'est élevée sur une sorte de cap rocheux allongé au milieu de vastes marais. Son nom de Rupella apparait pour la première fois au Xe siècle, dans un acte du duc d'Aquitaine, Guillaume Tète d'Étoupes, en 981. La bourgade dépendait des domaines des barons de Châtelaillon Guillaume IX d'Aquitaine, après avoir réduit le baron de Châtelaillon, Isambert (1127), et avoir saccagé sa capitale, qui devait plus tard être détruite par la mer, songea à faire de Rupella la ville principale de l'Aunis. Il y bâtit un château fort, concéda aux habitants le droit de commune et leur accorda de nombreux privilèges. C'est ainsi que La Rochelle est née au XIIe siècle de la ruine de Châtelaillon, l'ancienne capitale de l'Aunis. Son importance s'accrut rapidement. Sous la domination anglaise, après le mariage d'Eléonore ou Aliénor d'Aquitaine avec Henri II, de nouvelles franchises lui furent octroyées par ces souverains. La commune de La Rochelle était administrée par un corps de ville composé d'un maire, de 24 échevins et de 76 pairs, dont la charge était viagère. Cette espèce de sénat se recrutait lui-même par voie d'élection. Le maire, élu chaque année, exerçait une véritable souveraineté pendant la durée de sa charge. Ces privilèges faisaient de La Rochelle comme une république et ses institutions la rendirent puissante, à la fois trafiquante et guerrière. La Rochelle était demeurée fidèle à Jean sans Terre, et c'est dans son port que ce prince, aborda, en 1206 et en 1214, pour tenter de reprendre les domaines confisqués par Philippe-Auguste. Prise en 1224 par Louis VIII, elle ne retomba au pouvoir de l'Angleterre qu'en 1360, en vertu du traité de Brétigny. Mais l'esprit des Rochelais avait changé. « Nous obéirons aux Anglais des lèvres, dirent les magistrats de la commune quand ils reçurent les ordres du roi de France, mais les coeurs ne s'en mouvront. » Aucune faveur d'Edouard III ne put altérer en eux ce sentiment de la nationalité. En 1372, ils refusèrent leur concours à la flotte anglaise du comte de Pembroke, laquelle fut détruite par la flotte castillane. Du Guesclin prit alors successivement les villes du Poitou et de la Saintonge qui lui ouvraient leurs portes. Comme une forte garnison anglaise gardait La Rochelle qui aurait voulu en faire autant, une ruse du maire, Chaudrier, sut faire sortir cette garnison du château (château de Vauclair), que les Rochelais leur reprirent. Charles V garantit de nouveau tous leurs privilèges. Les Anglais, sans essayer de reprendre la ville, fortement mise en état de défense, inquiétaient ses abords. Ainsi, en 1404, une flotte anglaise s'empara de 40 navires à peine sortis du port. Ce fait prouve en même temps le développement du commerce et de la navigation de la cité. C'était de ce port que Béthencourt partit pour aller conquérir, en 1402, les Canaries. Louis XI affectionnait La Rochelle et favorisa son commerce ; il l'avait visitée en 1472. Sous François Ier, il y eut une révolte, causée par les exactions du comte de Jarnac et l'accroissement excessif de la gabelle. Elle fut réprimée. Après un nouveau soulèvement, en 1568, la province devait obtenir le rachat de ces droits, moyennant une somme considérable. La constitution rochelaise fut modifiée par François Ier , en 1535, d'une façon défavorable, mais elle fat rétablie dans sa forme primitive, treize ans après, par Henri II. C'est vers l'année 1534 que les opinions de Calvin se répandirent dans l'Aunis. Elles devaient trouver un terrain favorable dans l'esprit indépendant des Rochelais, dont la ville devint la métropole et le rempart de la Réforme. Ce fut une question à la fois politique et religieuse. Durant les guerres de religion, La Rochelle joue un grand rôle, si bien que son histoire est en partie celle de France. Il suffira donc d'indiquer ici les principaux faits. Après le massacre de la Saint-Barthélemy, les Rochelais, exaspérés, achevèrent de se mettre en défense et de se préparer à la guerre. Dès le mois de décembre suivant (1572), Biron investit la place, et le duc d'Anjou, frère de Charles IX arriva le 12 fév. 1573. Les assiégés, commandés par La Noue, résistèrent, et obtinrent le maintien de leurs privilèges et le plein excercice de leur culte parla paix dite de La Rochelle (V. NANTES [Edit de]). Sous Louis XIII, les guerres religieuses recommencèrent. Les Rochelais crurent pouvoir braver le roi et Richelieu en s'alliant aux Anglais, et ils offrirent à Buckingham (V. ce nom), qui projetait l'attaque de l'île de Ré, leur port, leurs arsenaux et leurs corsaires. Mais Richelieu intervint à temps. Le 5 août 1627, une déclaration royale fut lancée contre les rebelles, et, le 15 août, une armée, commandée provisoirement par le duc d'Angoulême, vint asseoir son camp devant la ville. Le 12 oct., le roi et le cardinal arrivèrent à leur tour. Tout de suite, ce dernier se rendit compte de la situation. Il avait devant lui une population résolue de farouches et intrépides corsaires, grossie encore par les zélés huguenots des contrées environnantes. La place elle-même, couverte de deux côtés par des marais et d'un troisième par le port, n'était abordable que sur moins d'un tiers de sa circonférence, et des bastions formidables, des fossés inondés par l'eau de la mer et défendus par des demi-lunes, protégeaient cette partie de l'enceinte. Un siège en règle s'imposait. Richelieu en fit commencer les opérations dès les premiers jours de novembre. Du côté de la terre, une immense ligne de circonvallation de trois lieues de tour, flanquée de onze forts et de dix-huit redoutes, isola complètement La Rochelle. Les travaux en furent confiés au duc d'Angoulême et aux maréchaux de Bassompierre et de Schomberg, qui se partageaient l'armée. Du côté de la mer, où le péril était plus grand - car il fallait à tout prix empêcher les communications avec la flotte anglaise, un instant éloignée - une digue, de l'exécution la plus hardie, fut construite, afin de fermer l'entrée du port. L'idée première en avait été donnée par Métezeau, architecte du roi, et par Tiriot, maitre maton à Paris. De 747 toises de longueur, et toute en pierres sèches, elle était ouverte au milieu pour le passage des marées et portait à chaque extrémité quatre batteries appuyées par d'autres établies sur la terre ferme. En moins de six mois, ce gigantesque travail fut terminé. En même temps, les effectifs de l'armée royale étaient portés à 25.000 hommes, parfaitement approvisionnés et merveilleusement disciplinés. Le cardinal avait, d'ailleurs, présidé en personne à tous ces préparatifs. Tour à tour général, amiral, ingénieur, munitionnaire, intendant; comptable, il communiquait à son état-major, en mitre et en froc, le feu sacré qui l'animait, et lorsque, le 10 févr. 1628, Louis XIII, las et inquiet de sa santé, retourna, malgré ses objurgations, à Paris, il le laissa « son lieutenant général en l'armée ». Les Anglais ne s'étaient, d'ailleurs, pas remontrés; et les assiégés n'avaient rien essayé pour gêner les travaux des assiégeants. Le 12 mars, Richelieu, qui sentait des orages se former du côté de l'Italie, résolut de brusquer le dénouement et tenta une surprise, qui ne réussit pas. Dans les premiers jours d'avril, le roi reprit le chemin de La Rochelle et, le 25, la ville fut sommée, en son nom, par un héraut, d'avoir à se rendre. Elle avait élu maire, le 3 mars, le fameux Guiton (V. ce nom), homme de bronze, aussi incapable de peur que de pitié, et elle refusa de recevoir l'envoyé de Louis XIII. Un moment, le roi et le cardinal pensèrent à entourer la tranchée et à préparer l'assaut. Mais on s'exposait à un échec, et on convint de s'en tenir au blocus. Le 11 mai, la flotte anglaise, forte d'une cinquantaine de bâtiments, parut dans les eaux de Ré sous les-ordres du comte de Denbigh, beau-frère de Buckingham. Elle trouva la rade de La Rochelle barrée, en avant de la digue, par 29 vaisseaux et une nuée de barques et de chaloupes armées. De l'autre côté, vers la ville, une seconde estacade flottante de 37 vaisseaux enchaînés nt une flottille de barques armées s'opposaient à toutes tentative de jonction de la part des Rochelais. Le 18, les Anglais virèrent de bord, aux yeux des Rochelais consternés, mais toujours aussi résolus. Dès la fin de juin, la misère commença à sévir. Les vivres étaient épuisés, et l'armée royale repoussait impitoyablement les malheureux que Guiton faisait chasser hors des remparts, comme bouches inutiles. Le 30 sept., une nouvelle flotte anglaise se présenta, forte, celle-là, de 520 voiles et portant de nombreux émigrés huguenots. Ludley, qui la commandait, dut se retirer, le 5 oct., avec des pertes considérables. Enfin, le 28 oct., la capitulation fut signée. De 18.000 hab., la population se trouvait réduite à 5.000, et 136 hommes seulement étaient encore en état de tenir leurs armes. Aucune vengeance ne fut exercée contre les Rochelais, ni contre leur maire, et la démolition des remparts fut seule exigée, ainsi que le rétablissement du culte catholique. La Rochelle cessa dès lors de jouer un rôle politique. En 1685, la révocation de l'édit de Nantes fit perdre à la ville 5.000 hab. et lui porta un coup dont elle ne s'est pas relevée. Il n'y eut pas de faits notables pendant la Révolution et la Terreur, et il n'y eut qu'une part indirecte aux guerres de Vendée, le département voisin. Pendant l'Empire, les corsaires rochelais firent une rude guerre au commerce anglais. L'empereur vint deux fois visiter la ville ; il y transféra le ch.-l. du dép. de la Charente-Inférieure, auparavant établi à Saintes. Sous la Restauration, quatre sous-officiers du 45e régiment de ligne, récemment arrivés de Paris à La Rochelle, avaient organisé une vente, association imitée du carbonarisme. Dénoncés, ils périrent, à Paris, sur l'échafaud (21 sept. 1822). On les désigna sous le nom des « quatre sergents de La Rochelle ». Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit du commerce de La Rochelle, de son développement, de sa décadence et de son avenir.

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