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Leipzig, LE REGARD DE ... MARCELLIN BERTHELOT


Histoire. - Le village de Lipsk, fondé par des pécheurs sorbes de la race des Slaves Wendes, au confluent de la Pleisse et de la Parthe, fut colonise par les Allemands. En 1015, il était devenu une ville du comté ou gau de Chutici. En 1017, l'empereur Henri II la donne à l'évêque de Morsebourg ; en 1082, le duc de Bohème Vratislav la saccage ; en 1134, Conrad de Wettin l'acquiert par voie d'échange. Elle comptait 5 à 6,000 hab. quand Otton le Riche (1156-89) l'entoure d'une enceinte et la dote de ses deux foires de Pâques et de la Saint-Michel. La fondation du convent de Saint-Thomas (1213) auquel il octroie le patronage sur leur église, brouille les bourgeois avec le margrave Dietrich qui rase leurs murailles et les remplace par trois châteaux (1218). Celui de la porte de Grimma fut rasé bientôt (1224) et remplacé par un couvent de dominicains (Saint-Paul) durant la minorité de Henri (1223-63) ; celui-ci agrandit la ville. Sa gilde de marchands prenait de l'importance, et les Lombards, ramenés d'Italie par Conrad de Wettin, s'y associaient. Lors du partage de 1263 (V. SAXE), Leipzig passa, avec l'Osterland, à Dietrich le Sage, qui lui accorda des privilèges pour son commerce et le droit de battre monnaie (1273). Lors du partage de 1349, elle fut donnée à Frédéric le Sévère ; c'est lui qui fonda l'université et obtint du pape Alexandre V, le 9 sept. 1409, la bulle d'érection. En 1423, Leipzig obtint la haute et basse justice. En 1454, elle s'entoura d'un fossé ; en 1458, elle institua sa troisième foire (du nouvel an). Lors du partage de 1485, elle fut attribuée à la ligne Albertine. Georges le Barbu (1500-39) confirma et élargit ses privilèges. En 1519 eut lieu le colloque de Leipzig, Karlstadt et Eck. Georges comprima les réformés; mais son frère Henri le Pieux (1539-41) leur apporta son adhésion. En 1545 s'établirent à Leipzig les premiers libraires (Steïger et Boskopf). En 1547, la ville fut assiégée par Jean-Frédéric le Magnanime et ses faubourgs incendiés. L'électeur Maurice développa les fortifications, rebâtit les faubourgs, transféra ici le consistoire de Mersebourg (1550); les Etats de Saxe y conclurent, en mars 1549, l'intérim de Leipzig. La ville fut ruinée par la guerre de Trente ans, Tilly la prit en 1631 ; le 17 sept. 1632, Gustave-Adolphe remporta, au N. de Gohlis, dans la plaine de Breetenfeld, sa célèbre victoire qui rendit l'avantage au parti protestant ; Leipzig fut encore pris par les impériaux de Holk en 1632 et 1633, par les Suédois de Torstensson en 1642 ; ce dernier gagna la seconde bataille de Breitenfeld (2 nov. 1642). Après la paix, on accrut les fortifications; le grand événement de la fin du siècle fut l'immigration des libraires de Francfort-sur-le-Main qui, pour échapper à une censure trop sévère, se transportèrent à Leipzig (1667) ; celle-ci devint la capitale de la librairie allemande. En 1691 s'y tint la conférence monétaire qui fixa la valeur du mare de Leipzig à ,12 thalers. L'immigration des protestants français chassés par la révocation de l'édit de Nantes fut aussi très favorable à la prospérité commerciale de la ville. Durant la guerre de Sept ans, elle fut rançonnée par Frédéric le Grand qui lui extorqua plus de 15 millions de thalers. Elle se releva brillamment et, se consacrant exclusivement à l'instruction et au commerce, fut démantelée en 1784 ; mais son commerce fut troublé par les guerres napoléoniennes. En 1809, elle fut occupée par les Autrichiens ; le 31 mars 1813 par les Russes, le 2 mai par les Français. Du 16 au 19 oct. fut livrée la terrible bataille des Nations, qui décida du sort de l'Europe ; Leipzig fut .prise d'assaut et mise à feu et à sang parles alliés. Le traité de 1815, mettant la frontière prussienne à deux lieues de la ville, lui fut nuisible. Elle obtint en 1831 l'élection de ses magistrats. L'adhésion de la Saxe au Zollverein inaugura une nouvelle ère de fortune. BATAILLES DE LEIPZIG. - On donne le nom de batailles de Leipzig à trois grandes batailles livrées dans les plaines qui entourent cette ville; les deux premières qui sont le plus souvent dénommées batailles de Breitenfeld furent les deux plus grands succès des Suédois dans la guerre de Trente ans. La troisième les surpasse infiniment en importance, puisqu'elle effondra l'empire de Napoléon Ier. Cette bataille des 16-19 oct.1813 est, par le nombre et la qualité des combattants, la gravité de ses conséquences, lapins considérable de l'histoire militaire de l'Europe moderne. Elle mit aux prises l'empereur avec 150,000 combattants, Français ou vassaux, contre plus de 300,000 Autrichiens, Prussiens et Russes (avec 1,400 canons), commandés par le prince de Schwarzenberg assisté du tsar Alexandre Ier et du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Après les défaites éprouvées par ses soldats au mois de septembre, Napoléon vit ses adversaires recommencer le mouvement qu'avait arrêté la première fois la bataille de Dresde; l'armée de Bohème débouchait sur ses derrières pour tendre la main à l'armée prussienne victorieuse au N. Le péril était d'autant plus grand que la défection de la Bavière menaçait encore la ligne de retraite de l'armée française. Laissant une partie de ses forces sur l'Elbe, Napoléon se porta en toute hâte vers Leipzig, mais trop tard pour empêcher la jonction de ses ennemis. Tandis qu'il manoeuvrait contre Bernadotte, l'armée de Bohème avait refoulé ses corps d'observation. Le 14 oct., un combat de cavalerie eut lieu au S. de Leipzig, à Liebertwolkwitz, où Murat se maintint à grand'peine. Napoléon résolut de livrer bataille. Il n'avait guère plus de 130,000 hommes valides avec 700 canons. Son armée comprenait huit corps, la garde et la cavalerie. Il rangea le gros de ses forces au S. de Leipzig sur un pli de terrain entre Connewitz et Markleeberg (le long de la Pleisse) à l'O., et Holzhausen à l'E., le centre à Wachau et Liebertwolkwitz ; le 8e corps (polonais) formait sa droite; le 2e, le 5e et celui d'Augereau le centre avec les 4e et 5e corps de cavalerie; la gauche comprenait le 11e corps et les 1er et 2e de cavalerie; la garde se tenait en arrière à Probstheida. A l'O. de Leipzig, au delà de l'Elster, Bertrand occupait Lindenau, couvrant la route; au N., Ney et Marmont, avec le 6e et le 3e corps et le 3e de cavalerie, devaient contenir l'armée de Bernadotte encore trop éloignée mais dont on attendait l'arrivée ; ils prirent position au N. de la Parthe vers Moeckern ; enfin, entre les deux masses principales, le 7e corps (Saxons), posté à Tanche, assurait les communications. Les alliés qui avaient plus de 200,000 hommes sous la main, plus les corps de Colloredo, Bennigsen et l'armée de Bernadotte, attendus pour le lendemain, décidèrent l'attaque des positions françaises. Schwarzenberg coupa son armée en trois tronçons ; il envoya Gyulay avec 20,000 hommes attaquer Lindenau ; lui-même voulait engager la masse de son armée dans la dépression marécageuse et boisée entre l'Elster et la Pleisse pour aller droit à Leipzig ; le tsar objecta l'état du terrain et on ne porta de ce côté que 35,000 Autrichiens sous Merveldt et le prince de Hesse-Hombourg ; ils essayèrent de passer la Pleisse pour s'emparer de Connewitz. Le gros de l'armée de Bohème (corps de Wittgenstein et de Kleist, soutenus par les grenadiers et les gardes russe et prussienne) attaqua Napoléon de front ; à sa droite, le corps de Klenau et les Cosaques de Platov tentaient de tourner la gauche française. L'artiIlerie ouvrit le feu à neuf heures du matin. Kleist enleva Markleeberg à Poniatowski ; quatre fois le village fut pris et repris; l'attaque sur Connewitz fut repoussée. Au centre, Wachau d'abord enlevé par les Russes du prince Eugène de Wurttemberg fut repris, grâce à l'artillerie ; de même à Liebertwolkwitz, Klenau et Gortchakov furent repoussés. A midi Schwarzenberg abandonnait son attaque entre Elster et Pleisse pour secourir Barclay. Napoléon prenait l'offensive, refoulait l'ennemi dans ses positions et, vers trois heures, jetait 8,000 cavaliers sur le centre ; mais l'infanterie russe tint bon ; les réserves austro-russes entrèrent en ligne; une seconde attaque de l'infanterie de Lauriston sur Guldengossa n'eut pas de résultat; faute de réserves disponibles, Napoléon dut s'arrêter aux approches de la nuit. - A Lindenau, Bertrand avait battu Gyulay ; mais au N., Blücher, précédant l'armée de Bernadotte, avait gagné une bataille, enlevant Moeckern à Ney ; celui-ci avait eu le tort de s'affaiblir en envoyant à l'empereur vers Wachau deux divisions qu'ensuite il rappela, de sorte qu'elles ne prirent part à l'action d'aucun côté. La journée du 17 oct., qui était un dimanche, les deux armées se reposèrent, sauf au N. où Blücher enleva Eutritzch et GohIis. Les chefs des alliés tinrent à Sestewitz un conseil où ils décidèrent de reprendre l'attaque le lendemain à sept heures du matin. Ils avaient reçu plus de 100,000 hommes de renforts et comptaient 1,400 canons. Napoléon, qui n'attendait que le corps de Reynier, venant de Düben, ne bougea pas. Au lieu de quitter une position qui semblait intenable, il ne la modifia même pas, n'écoula pas son matériel. Il envoya seulement le général Merveldt, qu'il avait fait prisonnier, demander un armistice et la paix aux con conditions qu'il avait refusées en août. On ne lui répondit pas. Il alla reconnaitre les dispositions de retraite, mais ne l'ordonna pas. Le 18 oct., à huit heures du matin, il prit de nouvelles positions, en arrière des premières et plus près de la ville. Ney, qui s'était replié derrière la Parthe, entre Thecla et Schcenefeld, défendit le N. de Leipzig; le corps de Reynier, les deux divisions saxonnes et la cavalerie wurttembergeoise le reliaient au reste de l'armée; celle-ci avait son centre à Probstheida sous les ordres de l'empereur (corps de Victor et d'Augereau); sa gauche était formée par le corps de Macdonald, la cavalerie de Milhaud et de Latour-Maubourg ; sa droite, le long de la Pleisse, par Poniatowski et la cavalerie de Kellermann; en première réserve l'infanterie de Lauriston et la cavalerie de Sebastiani à Stoetteritz, pouvant soutenir Reynier ; en seconde réserve, la garde à Thonberg. A l'O. de l'Elster, Bertrand occupait Weissenfels et les ponts dans la plaine historique de Lutzen, par où devait se faire la retraite. A. huit heures du matin, l'armée de Bohème commença son attaque; les corps de Bianchi et de Klenau ne purent enlever Connewitz ; Bennigsen entama Macdonald, qui se replia sur Stoetteritz, tandis que Lauriston avançait à Probstheida où se concentra la mêlée; elle fut terrible, et, malgré d'énormes pertes, Schwarzenberg ne put emporter le village ; vers cinq heures, les réserves d'artillerie françaises l'obligèrent à se replier. L'empereur se tenait dans le moulin à tabac de Quandt, les souverains alliés sur un renflement du sol en face de Probstheida. Mais, tandis qu'au N. l'armée prussienne luttait contre Ney, entre les deux principaux champs de bataille, Bernadotte franchissait la Parthe à Paunsdorf; les Saxons et les cavaliers wurttembergeois firent défection; Ney dut se retirer derrière le ruisseau de Rendnitz et Napoléon dut venir à son secours avec la cavalerie de la garde. Le soir du 18 oct. l'honneur des armes était sauf, et Napoléon avait à peu près maintenu ses positions, mais il ne pouvait y rester. Sa ligne était ouverte; les munitions commençaient à manquer. La retraite était indispensable. Elle se prépara dans la nuit; l'armée se concentrant à Leipzig ; le 19, à huit heures du matin, les faubourgs de la ville furent assaillis; la retraite se faisait en bon ordre, par la longue ligne des ponts de l'Elster; elle eût été achevée vers deux heures. Malheureusement, le colonel Montfort, chargé de faire sauter à la fin celui qui touchait la ville, s'en remit à un simple caporal; celui-ci, effrayé par quelques tirailleurs russes qui s'étaient glissés le long de la rivière, fit sauter le pont à midi, avant que Poniatowski eût passé ; il resta 30,000 hommes valides, blessés ou malades sur la rive droite; le général polonais se jeta à l'eau et s'y noya, moins heureux que Macdonald qui réussit à la traverser à la nage ; presque tout fut tué ou pris. L'ensemble de la bataille de Leipzig coûtait aux Prussiens 16,000 hommes, aux Russes 21,000, aux Autrichiens 14,000, aux Français 30,000 ; mais, de plus, ceux-ci perdaient 15,000 prisonniers et 23,000 malades ou blessés qu'on n'avait pu évacuer; les Français avaient 4 généraux tués, 6 blessés, 17 prisonniers, les alliés 8 tués et 11 blessés.

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