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Pise, LE REGARD DE ... MARCELLIN BERTHELOT


HISTOIRE. - Pise (anc. Pisoe) était une des, douze villes étrusques et se trouvait au confluent du Serchio et de l'Arno, dont le cours est maintenant séparé. En 180 av. J.-C., elle devint colonie romaine : Auguste en fit un municipe et lui donna le nom de Colonia Julia Pisana. Adrien et Antonin l'ornèrent de splendides monuments. Au moyen âge, elle devint, grâce à la profondeur de l'Arno, qui portait de gros vaisseaux, une importante cité maritime, rivale de Gênes et de Venise et redoutée des infidèles. En 1016, les Pisans arrachent la Sardaigne aux Sarrasins, grâce A l'appui des Génois ; ils les battent encore en 1035 près de Bône et en 1063 prés de Palerme. Leur commerce prend dès lors un développement inattendu, leur ville devient un des entrepôts de la Méditerranée, et leurs entreprises s'étendent avec leur puissance. Après la première croisade, ils fondent des comptoirs et obtiennent privilèges dans les villes de Syrie; en 1114, ils s'emparent des Baléares en 1133, ils prennent et détruisent Amalfi, leur rivale dans l ' Italie du Sud. Leur prospérité atteint son apogée aux XIIe et XIIIe siècles ; pour prix de leur dévouement aux Hohenstaufen, ils ont obtenu une pleine liberté communale et la nomination de leurs con suis, leur souveraineté toute la côte de la péninsule, depuis la Spezia jusqu'à Civita Vecchia. La chute des Hohenstaufen, les progrès constants de Gênes et la perte des colonies d'Asie vont interrompre cette période de succès. En 1284, une guerre éclate avec Gênes, qui se termine par le désastre naval de la Meloria (6 août 1284), la flotte est détruite, les cités voisines, Lucques, Pistoie, Florence, Prato, en profitent pour s'unir a Gênes. Le parti guelfe, dirigé par Ugolino della Gherardesca, relève la tête et n'est réduit qu'au prix d'une lutte atroce; de nouveaux revers (1290-92) contraignent les Pisans à. signer une paix par laquelle ils renoncent à la Corse, à une partie de la Sardaigne : ils ne devaient jamais s'en relever. Uguccione della Faggiola, qui s'empare de la ville en 1313, assiège Lucques en 1314, bat les Florentins en 1315, mais est banni en 1316. De 1316 à 1347, la signoria est exercée par les membres de la famille de la Gherardesca. Le plus célèbre d'entre eux, Gaddo Gherardo, perd et reprend Lucques (1220-52), mais ne peut prévenir les dissensions qui s'élèvent entre guelfes (Raspanti) et gibelins (Bergolini). Ces derniers arrivent au pouvoir après la mort de Ranieri della Gherardesca (1347) et leur chef, Andrea Gambacorta, prend le titre de capitaine général (1348) ; ses descendants devaient le conserver jusqu'en 1392, date laquelle la signoria passe la famille d'Appiano. En 1398, Pise perd son indépendance après sa liberté, Gherardo d'Appiano la vend au duc de Milan, Jean-Galéas Visconti, dont le fils naturel, Gabriel, la vend, à son tour, à sa vieille rivale, Florence (1405). En vain les Pisans se soulèvent-ils sous la conduite de Gambacorta. Ils sont étroitement assiégés, et, après la prise de la ville (1406), une partie d'entre eux doit s'exiler. En 1494, une nouvelle occasion s'offre è eux de secouer le joug de Florence ; Charles VIII descend en Italie et se montre favorable à leurs voeux ; ils s'insurgent, reconquièrent leur indépendance pour la perdre aven le départ des armées françaises ; le 8 juil. 1509, ils doivent capituler. A cette date se termine l'existence politique de Pise. Elle suit dès lors les vicissitudes de la Toscane ; incorporée à l'Empire français de 1807 à 1814, elle est définitivement réunie au royaume d'Italie en 1860. Elle a occupé dans l'histoire des arts une place plus importante encore que dans l'histoire politique. Au XIIe et au XIIIe siècle, l'architecture s'y est développée plus vite que dans les autres villes de la Toscane ; en sculpture, Niccolò et son fils Giovanni Pisano ont été des initiateurs et des chefs d'école. Province. - La prov. de Pise, bornée au N. par celles de Florence et de Sienne, au S. par celle de Grosseto, à l'O. par celle de Livourne et par la Méditerranée, s'étend sur 3.056 kil. q. et comptait, en 1895, 309.915 hab. (101 par kil. q.). Elle est divisée en deux arrondissements : Pise et Volterra, comprenant 40 communes. Sillonnée an S. et à l'E. par des collines (monti Pisani et de Volterra), elle forme à l'O. une plaine fertile, arrosée par l'Arno et le Serchio, et produisant du mais, de l'huile et du vin. Les principales richesses minérales sont l'albâtre, le marbre et les eaux minérales ; la principale industrie, le tissage du coton et de la soie. Concile de Pise (du 25 mars au 7 août 1409). - Ce fut le premier des trois conciles dits réformateurs. Ce qui fait l'intérêt particulier de ce concile, c'est qu'il tenta, comme après lui ceux de Constance et de Bâle, de donner l'Eglise une constitution représentative; mais la constitution monarchique était seule dans la logique des principes de l'Eglise, et elle existait de fait, bien longtemps avant d'être proclamée par le concile du Vatican de 1870. Aussi toutes les tentatives de réforme devaient-elles forcément échouer. En 1408, le schisme de 1378 durait encore ; Grégoire XII était pape à Rome (et plus tard à Rimini) et Benoit XII à Avignon (et plus tard à Perpignan). Pour mettre fin à cette situation, les cardinaux des deux papes se réunirent à Livourne et convoquèrent les représentants de l'Eglise à un concile général qui devait se réunir a Pise, le 25 mars 1409. On répondit à la convocation avec le plus grand empressement. Le concile compta 22 cardinaux, 4 patriarches, 200 archevêques ou évêques présents ou représentés par des délégués, 287 abbés (ou leurs délégués), 41 prieurs, les généraux des 4 ordres mendiants, les grands maitres des ordres chevaleresques, les représentants de 13 universités et de plus de 100 chapitres, plus de 300 docteurs en théologie ou de droit canonique. Le concile s'occupa d'abord de mettre fin au schisme; dans sa 15e session, le 5 juin, il destitua les deux papes, comme « schismatiques et hérétiques, fauteurs, défenseurs, approbateurs opiniâtres du schisme, coupables du crime de parjure, scandalisant l'Eglise de Dieu par leur obstination manifeste ». Avant de procéder à l'élection d'un nouveau pape, les cardinaux jurèrent que celui d'entre eux qui serait élu ne dissoudrait pas le concile avant d'avoir fait, de concert avec lui, « une réforme raisonnable et suffisante de l'Eglise universelle dans son chef et dans ses membres ». Le 26 juin, les 22 cardinaux élurent Pierre Philargi, un Grec de Candie, appartenant à l'ordre des franciscains, et qui prit le nom d'Alexandre V. Gerson, bien qu'absent, avait exercé quelque influence sur le concile par ses écrits; mais c'est en vain que Pierre d'Ailly s'était efforcé de faire passer la réforme avant l'élection. Il ne fut pas écouté. Aussi la « réforme suffisante » fut-elle ajournée à un concile futur, et Alexandre V, en dépit de son serment, renvoya celui de Pise qui lui était importun, le 7 août 1409. Au lieu de deux papes on en eut trois (V. CONSTANCE, t. XII, P. 563 et BALE, t. V, p. 106).

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